Une mission d’intérim se termine un mercredi, le poste est toujours à pourvoir, et le réflexe est de relancer tout de suite un nouvel intérimaire ou un contrat à durée déterminée (CDD). Le délai de carence en intérim l’interdit pendant une durée précise. C’est l’une des règles du Code du travail que les entreprises utilisatrices appliquent le moins bien. En effet, elle se compte en jours d’ouverture et elle vise le poste, pas la personne.
Par l’équipe Excelliance. Mis à jour le 19 octobre 2026.
À qui s’adresse cet article ?
Cet article s’adresse aux entreprises qui font appel à une agence de travail temporaire. Il explique le calcul du délai de carence en intérim entre deux missions et les cas où le délai ne s’applique pas. Il détaille aussi le rôle d’un accord de branche et ce que risque l’entreprise qui l’ignore. Par ailleurs, les textes cités ont été relus le 13 octobre 2026 sur le Code du travail numérique du ministère du Travail, qui reproduit le texte de Légifrance, et sur service-public.gouv.fr.
En résumé
- Le délai de carence est la période pendant laquelle l’entreprise ne peut pas pourvoir le même poste par un nouveau contrat de mission ou un CDD, après la fin d’une mission.
- Il vaut un tiers de la durée du contrat terminé si elle atteint 14 jours, la moitié si elle est inférieure, renouvellements inclus.
- Il se compte en jours d’ouverture de l’entreprise, alors que la durée du contrat se compte en jours calendaires.
- Six cas de dispense existent à défaut d’accord de branche contraire. Le non-respect expose à une amende de 3 750 euros pour l’entreprise utilisatrice.
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de la durée du contrat terminé, si elle est de 14 jours ou plus (article L1251-36-1)
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de la durée du contrat terminé, si elle est inférieure à 14 jours (article L1251-36-1)
6 cas
de dispense, à défaut d’accord de branche contraire (article L1251-37-1)
3 750 €
d’amende pour l’entreprise utilisatrice qui ne respecte pas le délai (article L1255-9)
Sommaire
Qu’est-ce que le délai de carence en intérim ?
Le délai de carence en intérim est la période qui doit s’écouler, après la fin d’un contrat de mission, avant que l’entreprise utilisatrice puisse pourvoir le même poste par un nouveau contrat de mission ou par un CDD (article L1251-36).
La règle protège contre l’enchaînement de missions pour couvrir un besoin permanent. En effet, un contrat de mission ne peut avoir ni pour objet ni pour effet de pourvoir durablement un emploi lié à l’activité normale et permanente de l’entreprise (article L1251-5). Concrètement, l’entreprise de travail temporaire emploie le salarié intérimaire par un contrat de mission. En revanche, c’est l’entreprise cliente qui doit respecter un délai entre deux contrats successifs sur le même poste de travail, avant de signer un nouveau contrat. Trois points la distinguent des idées reçues.
- Elle vise le poste, pas la personne. Le texte interdit de pourvoir « le poste du salarié dont le contrat a pris fin ». Autrement dit, remplacer l’intérimaire par un autre sur le même poste de travail ne supprime pas le délai.
- Elle concerne deux contrats. Le texte vise le contrat de mission et le CDD. Il ne mentionne donc pas le CDI.
- Elle encadre l’entreprise, pas le salarié. Le texte limite le recours de l’entreprise utilisatrice à un nouveau contrat de travail temporaire ou à un CDD. C’est donc l’entreprise, et non le salarié intérimaire, qui doit la respecter.
- Elle est stable depuis 2017. La version en vigueur de ces articles date du 24 septembre 2017 (ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017), selon le Code du travail numérique, et elle s’applique aux contrats conclus après cette ordonnance.
Comment calculer le délai de carence entre deux missions ?
Le délai de carence se calcule à partir de la durée du contrat de mission terminé, renouvellements compris. Il vaut un tiers de cette durée si elle atteint 14 jours, la moitié si elle est inférieure (article L1251-36-1). Ensuite, le tout est décompté en jours d’ouverture de l’entreprise ou de l’établissement utilisateur (article L1251-36).

Deux précisions de méthode, rappelées par service-public.gouv.fr : la durée du contrat s’apprécie en jours calendaires, alors que le délai de carence se compte en jours d’ouverture. Voici, par exemple, ce que cela donne contrat par contrat.
| Durée du contrat terminé (jours calendaires, renouvellements inclus) | Règle applicable | Délai de carence (jours d’ouverture) |
|---|---|---|
| 5 jours | Moitié de la durée | 3 jours (2,5 arrondi) |
| 10 jours | Moitié de la durée | 5 jours |
| 13 jours | Moitié de la durée | 7 jours (6,5 arrondi) |
| 14 jours | Tiers de la durée | 5 jours (4,67 arrondi) |
| 30 jours | Tiers de la durée | 10 jours |
| 47 jours | Tiers de la durée | 16 jours (15,67 arrondi) |
| 90 jours | Tiers de la durée | 30 jours |
Ce que montre le tableau
Le tableau fait apparaître un effet de seuil. Ainsi, une mission de 13 jours impose 7 jours de carence, contre 5 pour une mission de 14 jours. Le résultat est arrondi à l’entier supérieur, usage relayé par Prism’emploi à partir d’une circulaire de 2002. La loi ne fixe d’ailleurs pas elle-même de règle d’arrondi.
La logique tient en une phrase. La durée du contrat de mission venu à expiration sert de base au calcul, renouvellements inclus. Le nouveau contrat doit donc attendre un tiers de la durée de ce contrat terminé, ou la moitié de la durée pour un contrat court. Pour une succession de contrats sur un même poste, c’est donc à chaque fin de contrat que le calcul du délai de carence se refait, avec la durée totale du contrat de travail temporaire qui vient de s’achever.
Un exemple en jours d’ouverture
Une mission de 10 jours prend fin le mercredi 14 octobre 2026. Le délai est alors de 5 jours d’ouverture. Dans une entreprise ouverte du lundi au vendredi, ces jours sont le jeudi 15, le vendredi 16, puis les lundi 19, mardi 20 et mercredi 21 octobre. Le poste peut ainsi être pourvu de nouveau à partir du jeudi 22 octobre. Un décompte en jours calendaires donnerait, à tort, le mardi 20. En outre, un jour de fermeture, férié ou non, n’est pas compté.
À lire aussi
Pour comprendre qui fait quoi entre l’entreprise et l’agence pendant une mission, lisez notre guide sur la mise à disposition de personnel. La logique des deux contrats est aussi détaillée dans l’article sur la convention collective du travail temporaire.
Quelles sont les exceptions au délai de carence ?
Les exceptions au délai de carence sont les cas dans lesquels le délai ne s’applique pas, et où l’entreprise peut pourvoir de nouveau le poste sans attendre. La loi en liste six, à l’article L1251-37-1, applicables à défaut de stipulation contraire de la convention ou de l’accord de branche.
| Cas de dispense | Ce que cela signifie pour l’entreprise |
|---|---|
| Nouvelle absence du salarié remplacé | Le contrat de mission remplace un salarié temporairement absent ou dont le contrat est suspendu, et ce même salarié s’absente de nouveau. |
| Travaux urgents de sécurité | Le contrat de mission est conclu pour l’exécution de travaux urgents nécessités par des mesures de sécurité. |
| Emploi saisonnier ou d’usage constant | L’emploi est saisonnier, ou relève d’un secteur où il est d’usage constant de ne pas recourir au CDI en raison de la nature temporaire de l’emploi. |
| Remplacement d’un chef d’entreprise ou d’un professionnel indépendant | Le contrat remplace l’une des personnes visées aux 4° et 5° de l’article L1251-6 (chef d’entreprise artisanale, industrielle ou commerciale, profession libérale, chef d’exploitation agricole, aide familial). |
| Rupture anticipée à l’initiative du salarié | L’intérimaire met fin lui-même à sa mission avant le terme. |
| Refus du renouvellement par le salarié | L’intérimaire refuse de renouveler son contrat de mission : le délai ne s’applique pas pour la durée du contrat non renouvelé. |
Ces cas valent « à défaut de stipulation dans la convention ou l’accord de branche » (article L1251-37-1). Toutefois, l’article L1251-37 permet à la convention ou à l’accord de branche étendu de l’entreprise utilisatrice de prévoir lui-même les cas où le délai ne s’applique pas. L’article L1251-36 lui permet aussi de fixer les modalités de calcul. Avant de vous appuyer sur une dispense, vérifiez donc la convention collective de votre propre branche, et pas seulement le Code du travail.
Une dispense ne règle pas tout
Cependant, lever le délai de carence ne vous autorise pas à pourvoir durablement un emploi permanent par des missions successives. L’article L1251-37 réserve expressément l’article L1251-5 : les deux règles s’additionnent.
Que risque l’entreprise en cas de non-respect du délai de carence ?
Le non-respect du délai de carence est une infraction de l’entreprise utilisatrice. L’amende est de 3 750 euros. En cas de récidive, l’infraction est punie de six mois d’emprisonnement et de 7 500 euros d’amende (article L1255-9).
Mais le risque ne s’arrête pas à l’amende. Lorsque les missions successives finissent par pourvoir durablement un emploi permanent, l’article L1251-5 est méconnu. L’article L1251-40 permet alors à l’intérimaire de faire valoir auprès de l’entreprise utilisatrice les droits d’un CDI à compter du premier jour de sa mission. Précision utile : l’article L1251-40 ne cite pas l’article L1251-36 dans sa liste. Toutefois, Prism’emploi rappelle qu’un délai trop court entre deux contrats peut être jugé en fraude à la loi.
La Cour de cassation a par ailleurs jugé que le respect du délai de carence est une obligation propre de l’entreprise de travail temporaire, dont la méconnaissance peut conduire à la requalification des contrats de mission en CDI à son égard (Cass. soc., 15 janvier 2025, n° 23-20.168). Pour l’entreprise cliente, la conséquence pratique est simple : la carence se contrôle à deux, avec l’agence. Ainsi, chaque enchaînement de missions sur un même poste mérite une vérification avant signature.
Un doute sur un enchaînement de missions ?
Avant de signer un nouveau contrat de mise à disposition sur un poste déjà occupé, parlez-en à l’agence la plus proche : nous vérifions le calendrier avec vous.
Comment respecter le délai de carence au quotidien ?
La gestion du délai de carence consiste à connaître avant la fin de chaque mission la date à laquelle le poste pourra de nouveau être pourvu. Elle consiste aussi à préparer la suite avec l’agence. Quatre réflexes suffisent.
- D’abord, relevez la durée exacte du contrat terminé, avec ses renouvellements, en jours calendaires.
- Ensuite, appliquez le calendrier d’ouverture de votre entreprise ou de votre établissement : les jours de fermeture ne comptent pas.
- Puis cherchez une dispense ou un accord de branche qui s’appliquerait à votre situation avant de vous y fier.
- Enfin, prévenez l’agence tôt : plus elle connaît la date de fin de mission, plus elle propose un enchaînement conforme.
Mais quand le même poste revient sans cesse en intérim, la carence est un signal. Un besoin durable se pourvoit plutôt en CDI, que le texte ne vise pas : notre article sur l’embauche en CDI après l’intérim explique comment passer le cap. Pour la différence entre les deux contrats, voyez aussi CDD ou intérim, et pour une vue d’ensemble des règles, le guide du droit intérimaire.
Questions fréquentes
Le délai de carence s’applique-t-il si je change d’intérimaire ?
Oui. Le texte interdit de pourvoir le poste du salarié dont le contrat a pris fin (article L1251-36). Changer de personne sur le même poste ne supprime donc pas le délai.
Peut-on embaucher un nouvel intérimaire pendant le délai de carence ?
Non, sauf dispense. Pendant la durée du délai de carence, l’entreprise ne peut recourir ni à un nouvel intérimaire ni à un contrat de travail à durée déterminée pour pourvoir le poste de travail concerné (article L1251-36). Les cas où le délai ne s’applique pas sont détaillés plus haut.
Quel délai de carence après un contrat court ?
Après un contrat court de moins de 14 jours, renouvellements inclus, le délai de carence est égal à la moitié de la durée du contrat terminé (article L1251-36-1). Après une mission de 8 jours, le respect du délai impose donc 4 jours d’ouverture avant le nouveau contrat de mission.
Le délai de carence concerne-t-il un CDI ?
L’article L1251-36 vise le CDD et le contrat de mission. Il ne mentionne pas le CDI. Par conséquent, l’embauche directe sur le poste reste possible, sous réserve des règles ordinaires de recrutement.
Faut-il compter en jours calendaires ou en jours ouvrés ?
La durée du contrat terminé se compte en jours calendaires, le délai de carence en jours d’ouverture de l’entreprise ou de l’établissement utilisateur, selon service-public.gouv.fr et l’article L1251-36.
Y a-t-il une carence en intérim après 18 mois ?
La durée totale d’un contrat de mission ne peut pas excéder 18 mois, renouvellements compris, à défaut de stipulation de branche (article L1251-12-1). À la fin du contrat, le délai de carence s’applique comme pour n’importe quelle mission : pour 540 jours calendaires, un tiers donne 180 jours d’ouverture.
Une convention collective peut-elle écarter le délai de carence ?
Oui, dans le cadre fixé par la loi : la convention ou l’accord de branche étendu de l’entreprise utilisatrice peut fixer les modalités de calcul (article L1251-36) et prévoir les cas où le délai ne s’applique pas (article L1251-37).
Qui est sanctionné si le délai n’est pas respecté ?
Le texte pénal vise « l’utilisateur », c’est-à-dire l’entreprise cliente (article L1255-9). C’est pourquoi elle doit contrôler la succession des contrats sur un même poste.
Comment savoir si c’est « le même poste » ?
En fait, les articles cités ne définissent pas la notion de poste. En cas de doute sur deux missions voisines, demandez conseil à l’agence ou aux services du ministère du Travail en région avant de signer.
Où lire les textes officiels ?
Sur Légifrance : Code du travail, articles L1251-36, L1251-36-1, L1251-37, L1251-37-1, L1251-5, L1251-40 et L1255-9. Le Code du travail numérique présente la règle dans une fiche pratique, et service-public.gouv.fr dans sa page sur le contrat de travail temporaire.
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