Un intérimaire arrive lundi sur votre site. Quelle convention collective s’applique à lui : celle de l’agence d’intérim ou la vôtre ? Qui lui paie sa prime de panier, qui déclare son accident du travail, qui lui fournit ses chaussures de sécurité ? La question revient à chaque première mission. En réalité, la réponse tient en une idée : la convention collective du travail temporaire encadre la relation entre l’intérimaire et son agence, mais dès qu’il travaille chez vous, c’est votre cadre qui s’applique pour presque tout ce qui touche au poste.
Cet article s’adresse aux entreprises utilisatrices. Il pose d’abord les textes, puis répartit ligne par ligne ce dont vous répondez et ce qui revient à l’entreprise de travail temporaire.
2
textes conventionnels dans l’intérim : IDCC 2378 (permanents) et IDCC 1413 (intérimaires)
2 jours
ouvrables pour établir le contrat de mise à disposition par écrit
24 h
pour déclarer un accident du travail à l’agence
10 % + 10 %
IFM et ICCP, versées par l’agence et incluses dans la prestation
Sommaire
- Convention collective du travail temporaire : de quels textes parle-t-on
- L’égalité de traitement : la règle qui gouverne tout le reste
- Ce dont l’entreprise utilisatrice répond pendant la mission
- Ce qui reste à l’agence de travail temporaire
- Accident du travail : la répartition des rôles
- Le contrat de mise à disposition : votre pièce maîtresse
- Comment Excelliance sécurise ce partage des rôles
Convention collective du travail temporaire : de quels textes parle-t-on
Le mot « convention collective de l’intérim » désigne en réalité deux ensembles de textes, qui ne visent pas les mêmes salariés. Les confondre est d’ailleurs l’erreur la plus fréquente, y compris chez des services RH aguerris.
IDCC 2378
Les salariés permanents des agences : recruteurs, gestionnaires de paie, responsables d’agence. Sans effet pour vous.
IDCC 1413
Les intérimaires en mission : prévoyance, formation, CDI intérimaire. Géré par l’agence.
IDCC 2378 : la convention collective des salariés permanents des entreprises de travail temporaire
La convention collective nationale du 23 janvier 1986, identifiée sous le numéro IDCC 2378, couvre les salariés permanents des entreprises de travail temporaire : les personnes qui travaillent dans les agences, pas celles qui partent en mission. Elle fixe notamment leurs classifications, leur temps de travail et leur prévoyance. Par conséquent, pour vous, entreprise cliente, ce texte n’a aucune application directe.
IDCC 1413 : les accords qui régissent le personnel intérimaire
Le personnel intérimaire relève d’un autre ensemble, référencé IDCC 1413 : des accords collectifs nationaux négociés dans la branche du travail temporaire, sous l’égide de Prism’emploi. Ces accords traitent surtout de ce qui est propre au statut de salarié intérimaire : prévoyance et frais de santé, formation professionnelle, indemnisation des arrêts, CDI intérimaire. Ils s’ajoutent au Code du travail, dont les articles L1251-1 et suivants restent le socle.
Par ailleurs, les deux textes sont consultables sur Légifrance, sous le code NAF 78.20Z. En pratique, un employeur qui cherche « la CCN ETT » tombe généralement sur la convention des permanents, alors que ce qui l’intéresse est ailleurs.
Ce qui s’applique à l’intérimaire chez vous : votre propre convention collective
Voici le point central. En effet, pendant la mission, l’intérimaire n’est pas votre salarié : son contrat de mission le lie à l’agence de travail temporaire. Mais le principe d’égalité de traitement fait basculer les règles du poste vers vous. Concrètement, sa rémunération et ses conditions de travail suivent la convention collective de l’entreprise utilisatrice, la vôtre, et non celle de l’intérim.
L’égalité de traitement : la règle qui gouverne tout le reste
La rémunération : l’article L1251-18
L’article L1251-18 du Code du travail pose que la rémunération d’un salarié temporaire ne peut pas être inférieure à celle que percevrait, après période d’essai, un salarié de qualification équivalente embauché en CDI chez vous pour occuper le même poste. La rémunération s’entend donc au sens large : salaire de base, majorations, primes et accessoires de salaire prévus par la loi, votre accord collectif ou vos usages.
Les conditions de travail : l’article L1251-21
L’article L1251-21 complète ensuite le dispositif : pendant la mission, la durée du travail, le travail de nuit, le repos hebdomadaire, les jours fériés ainsi que la santé et la sécurité suivent les règles en vigueur chez vous.
Qui porte quoi : le tableau de répartition
Le tableau qui suit résume qui porte quoi.
| Domaine | Règle applicable | Qui la porte |
|---|---|---|
| Salaire de base et minimum applicable | Celui d’un salarié permanent équivalent chez vous, jamais en dessous du minimum de votre convention collective | Vous le fixez dans le contrat de mise à disposition, l’agence le paie |
| Primes (panier, transport, 13e mois, habillage) | Dues si vos salariés permanents y ont droit dans la même situation | Vous les déclarez, l’agence les verse et les refacture |
| Temps de travail, heures supplémentaires, nuit | Vos horaires, vos majorations | Vous |
| Jours fériés | Payés sans condition d’ancienneté dès lors que vos permanents en bénéficient | Vous les signalez, l’agence les paie |
| Santé et sécurité au poste | Vos règles internes, votre document unique | Vous |
| Congés payés, indemnité de fin de mission, prévoyance | Accords de la branche du travail temporaire | L’agence |
Une conséquence pratique mérite d’être soulignée. Par exemple, si vous omettez de déclarer une prime que vos permanents touchent, l’intérimaire pourra la réclamer, et c’est l’agence qui se retournera vers vous. Autrement dit, l’exactitude des informations transmises à l’ouverture de la mission est votre première obligation.
Enfin, c’est à partir de cette rémunération que se construit la facture de l’agence : salaire chargé, indemnités de fin de mission et de congés payés, gestion administrative, le tout multiplié par un coefficient de facturation. Notre guide sur la mise à disposition de personnel détaille ce que couvre cette facture et le cadre légal de la mission.
Ce dont l’entreprise utilisatrice répond pendant la mission
Le Code du travail vous confie la responsabilité des conditions d’exécution du travail. Concrètement, cette formule recouvre cinq obligations.
- 🦺 La sécurité au poste et la formation renforcée
- 🥾 Les équipements de protection individuelle
- 🍽️ L’accès aux équipements collectifs
- 📋 Le registre unique du personnel et l’effectif
- 📢 L’information sur les postes en CDI
La sécurité au poste et la formation renforcée
L’intérimaire travaille sous votre autorité, avec vos machines, dans vos locaux. La prévention des risques vous incombe donc au même titre que pour vos salariés permanents : accueil sécurité, consignes, protections collectives. De plus, l’article L4154-2 va plus loin pour les postes présentant des risques particuliers : les salariés temporaires affectés à ces postes doivent recevoir une formation renforcée à la sécurité, et la liste de ces postes est établie par l’employeur après avis du médecin du travail et du CSE. À défaut, en cas d’accident, la faute inexcusable est alors présumée.
Par ailleurs, certains travaux particulièrement dangereux, listés à l’article D4154-1, sont interdits aux intérimaires, sauf dérogation. Vérifiez donc cette liste avant d’ouvrir une mission sur un poste exposé à des agents chimiques ou à des rayonnements ionisants.
Les équipements de protection individuelle
L’article L1251-23 est clair : les équipements de protection individuelle sont fournis par l’entreprise utilisatrice. Toutefois, le contrat de mise à disposition peut prévoir que certains équipements personnalisés, chaussures ou casque par exemple, sont fournis par l’agence. En dehors de cette exception, un intérimaire ne doit jamais supporter le coût de ses EPI. Pour aller plus loin, nous avons consacré un article complet aux EPI obligatoires en intérim.
L’accès aux équipements collectifs
Restaurant d’entreprise, titres-restaurant, moyens de transport collectifs, douches, vestiaires : l’article L1251-24 ouvre aux salariés temporaires l’accès aux équipements collectifs dans les mêmes conditions que les salariés de l’entreprise. Ainsi, un intérimaire exclu de la cantine ou privé de titres-restaurant alors que vos permanents en bénéficient constitue une inégalité de traitement caractérisée.
Le registre unique du personnel et l’effectif
Les intérimaires figurent sur votre registre unique du personnel, avec la mention de leur qualité de salarié temporaire, le nom et l’adresse de l’agence. Ils comptent également dans votre effectif au prorata de leur temps de présence sur les douze mois précédents, sauf lorsqu’ils remplacent un salarié absent. Ce décompte pèse par conséquent sur vos seuils sociaux, et donc sur les obligations liées au CSE.
L’information sur les postes en CDI
L’article L1251-25 vous impose de porter à la connaissance des intérimaires la liste des postes à pourvoir en CDI dans l’entreprise, dès lors qu’un tel dispositif existe pour vos salariés en CDI. Un simple affichage suffit. Ensuite, si un intérimaire vous convient, l’embauche à l’issue de la mission est libre, comme l’explique notre article sur l’embauche après une mission d’intérim.
Vous voulez savoir comment nous accompagnons les entreprises sur ces points ? Notre page le recrutement en intérim présente notre méthode et nos engagements.
Ce qui reste à l’agence de travail temporaire
L’agence est l’employeur. Ainsi, tout ce qui découle de la relation de travail au sens strict lui revient, et la convention collective du travail temporaire, avec ses accords de branche, s’applique à cette part-là.
Le contrat, la paie et les indemnités
Le contrat de travail
L’agence rédige et signe le contrat de mission avec l’intérimaire, dans les deux jours ouvrables suivant la mise à disposition. Elle en porte donc les mentions obligatoires et les risques de requalification liés au formalisme.
La paie
L’agence établit le bulletin de paie, verse le salaire, calcule la rémunération brute totale à partir des éléments que vous avez déclarés. Elle acquitte aussi les cotisations sociales. Notre article sur la paie en intérim montre à quoi ressemble ce bulletin.
L’indemnité de fin de mission et l’indemnité compensatrice de congés payés
À la fin de la mission, l’intérimaire perçoit une IFM, la prime de précarité de l’intérim, égale à 10 % de sa rémunération brute totale, et une ICCP, elle aussi de 10 %. Ces deux indemnités sont versées par l’agence et intégrées dans le prix de la prestation. Autrement dit, vous ne les payez jamais directement.
La prévoyance, le suivi médical et la fin de mission
La prévoyance et les frais de santé
Les accords de la branche du travail temporaire organisent un régime de prévoyance et une couverture frais de santé propres aux intérimaires, avec des conditions d’ancienneté allégées pour tenir compte de l’enchaînement des missions. En cas d’arrêt maladie, par exemple, les indemnités journalières de la Sécurité sociale sont complétées selon ces accords. En revanche, rien de tout cela ne passe par votre mutuelle d’entreprise.
Le suivi médical
La visite d’information et de prévention est organisée par l’agence, qui dispose de son propre service de santé au travail. Les examens spécifiques liés aux risques particuliers de votre poste restent en revanche à votre charge. Le détail figure d’ailleurs dans notre article sur la visite médicale en intérim.
La fin de mission et la rupture anticipée
Si l’intérimaire rompt son contrat avant terme, c’est donc à l’agence de gérer les conséquences. En revanche, si c’est vous qui mettez fin à la mission avant l’échéance, l’agence doit proposer à l’intérimaire un nouveau contrat de mission dans les trois jours ouvrables, et le contrat commercial qui vous lie à l’agence fixe l’indemnisation entre vous deux.
Accident du travail : la répartition des rôles
C’est le cas où les responsabilités s’entremêlent le plus, et où les entreprises utilisatrices se retrouvent le plus souvent en difficulté.
La déclaration d’accident du travail relève de l’agence, puisqu’elle est l’employeur. Cependant, elle ne peut la faire que si vous l’informez : le Code de la sécurité sociale vous impose de déclarer l’accident à l’agence dans les 24 heures, par lettre recommandée, en précisant les circonstances. Un retard de votre part peut donc engager votre responsabilité vis-à-vis de l’agence.
Sur le fond, l’article L412-6 du même code vous considère comme substitué à l’employeur pour la faute inexcusable. Ainsi, si l’accident résulte d’un manquement à votre obligation de sécurité, c’est vous qui en répondez, même si l’agence reste l’interlocuteur de la caisse. De plus, l’agence, qui aura vu son taux de cotisation accidents du travail majoré, dispose d’une action récursoire contre vous.
En pratique, trois réflexes évitent l’essentiel des litiges.
1
Un accueil sécurité documenté le premier jour
2
La formation renforcée sur les postes à risques
3
Une remontée immédiate de tout incident à l’agence
⚠️ Trois erreurs qui requalifient la mission en CDI chez vous (article L1251-40)
- un motif de recours irrégulier ;
- un dépassement de la durée maximale de la mission ;
- un délai de carence non respecté entre deux contrats sur le même poste.
Le contrat de mise à disposition : votre pièce maîtresse
Entre vous et l’agence, tout passe par le contrat de mise à disposition. L’article L1251-43 en fixe le contenu, mention par mention.
| Mention obligatoire | Ce que vous précisez |
|---|---|
| Motif du recours | Accroissement d’activité, remplacement (avec le nom et la qualification du salarié remplacé), emploi saisonnier |
| Terme ou durée minimale | La date de fin de mission, ou la durée minimale si le terme est incertain |
| Caractéristiques du poste | Le poste figure-t-il sur la liste des postes à risques particuliers |
| Qualification exigée | Le niveau et les habilitations attendus |
| Lieu et horaire | Le site, les horaires, le travail de nuit ou du dimanche le cas échéant |
| Équipements de protection | Les EPI à utiliser, en précisant ceux fournis par l’agence |
| Rémunération | Le montant avec toutes ses composantes, primes et accessoires compris, que percevrait chez vous un salarié de qualification équivalente |
Par ailleurs, ce contrat doit être établi par écrit au plus tard dans les deux jours ouvrables suivant la mise à disposition. Trois manquements de votre côté conduisent à une requalification du contrat en CDI avec vous, en vertu de l’article L1251-40 : un motif de recours irrégulier, un dépassement de la durée maximale, ou le non-respect du délai de carence entre deux contrats sur le même poste. Dans ce cas, l’ancienneté du salarié remonte au premier jour de sa première mission.
Le contrat de mise à disposition est également le bon endroit pour clarifier ce que votre convention collective prévoit et que l’agence ne peut pas deviner : prime de panier au-delà de six heures de présence, majoration du dimanche, indemnité de salissure, prise en charge des transports. En effet, plus la fiche de poste transmise à l’agence est précise, moins il y a de régularisation à faire après coup.
Vous préférez déléguer l’ensemble du processus, du sourcing à l’intégration ? Découvrez comment nous confier vos recrutements.
Comment Excelliance sécurise ce partage des rôles
Une agence qui connaît son bassin d’emploi connaît aussi les conventions collectives qui y dominent. Ainsi, nos équipes travaillent avec les industriels, les logisticiens et les entreprises du BTP de leur territoire depuis des années, et elles savent quelle grille de rémunération, quelle prime de panier et quel régime de temps de travail s’appliquent chez leurs clients. C’est pourquoi, à l’ouverture de chaque mission, elles vérifient avec vous les éléments à déclarer avant de rédiger le contrat de mise à disposition.
Cette proximité est concrète : l’agence d’intérim de Nancy couvre la Meurthe-et-Moselle, celle de Dijon la Côte-d’Or, celle de Chalon-sur-Saône la Saône-et-Loire et celle de Lyon la métropole lyonnaise.
Enfin, si le besoin est durable, la comparaison bascule et c’est le recrutement en CDD ou en CDI qui redevient l’outil adapté : nous l’avons détaillé dans notre article sur embaucher en intérim ou en CDD.
Un poste à couvrir cette semaine ?
Nos consultants de Nancy, Dijon, Lyon et Chalon-sur-Saône vous rappellent, cadrent le motif de recours avec vous et vous proposent des profils disponibles.
FAQ : convention collective et intérim, côté entreprise utilisatrice
Quelle convention collective s’applique à un intérimaire ?
Pour sa rémunération, son temps de travail, ses jours fériés et sa sécurité, c’est la convention collective de l’entreprise utilisatrice, par application du principe d’égalité de traitement. En revanche, pour ce qui relève de son statut d’intérimaire, indemnité de fin de mission, congés payés, prévoyance, formation, ce sont les accords de la branche du travail temporaire (IDCC 1413), gérés par l’agence.
L’IDCC 2378 concerne-t-il les intérimaires ?
Non. L’IDCC 2378 est la convention collective des salariés permanents des entreprises de travail temporaire, c’est-à-dire le personnel des agences. Elle ne s’applique donc pas aux salariés en mission.
Qui paie l’indemnité de fin de mission et les congés payés ?
L’agence, puisqu’elle est l’employeur. Ainsi, l’IFM et l’ICCP, chacune égale à 10 % de la rémunération brute totale, sont incluses dans le prix de la prestation.
Que se passe-t-il si un intérimaire a un accident sur mon site ?
Vous déclarez l’accident à l’agence sous 24 heures, elle le déclare ensuite à la caisse. En cas de faute inexcusable, vous êtes substitué à l’employeur et l’agence peut se retourner contre vous.
Puis-je appliquer un salaire minimal inférieur à celui de mes permanents ?
Non. Le Code du travail interdit une rémunération inférieure à celle d’un salarié en CDI de qualification équivalente au même poste, après période d’essai. Autrement dit, le minimum conventionnel de votre branche est un plancher, pas une cible.
Que risque-t-on en cas d’irrégularité du contrat de mise à disposition ?
Un motif de recours non prévu, une durée maximale dépassée ou un délai de carence ignoré ouvrent à l’intérimaire une action en requalification en CDI contre l’entreprise utilisatrice.
Où lire les textes officiels ?
Sur Légifrance : Code du travail, articles L1251-1 à L1251-63 pour le travail temporaire, L4154-1 à L4154-4 pour la sécurité des salariés temporaires ; Code de la sécurité sociale, articles L412-3 à L412-7 pour les accidents du travail ; conventions collectives IDCC 2378 et IDCC 1413 avec leurs avenants.
